14.5.06

"Mes chers parents, je pars..."

Voici une lettre que j'ai écrite à mes parents il y a 2 mois:

Boulogne, le 14 Mars 2006

Chers parents,


Me voilà extenué et incapable de dormir ; notre discussion de ce soir ne quitte pas mon esprit et je crains que mon sommeil n’efface les pensées et réponses que j’aimerais vous adresser.
Je n’ai pas envie de passer mon temps à m’expliquer, me justifier ; je ne vous demande pas de me comprendre, je doute d’ailleurs que vous le puissiez, mais juste de m’accepter, d’accepter mon choix de vie, ce que je désire être et la façon dont je veux le devenir.
Ce qui veut dire : arrêtez de décortiquer ce que vous savez de ma vie et de relever les divers traumatismes qui ont jalonnés mon histoire pour trouver la réponse au pourquoi ; arrêtez de vous intéresser à ma vie sexuelle et à mon éventuel plaisir clitoridien pour savoir à quel point mon transsexualisme m’affecte ; arrêtez de buter sur des conceptions de l’identité sexuelle fondées sur les parties génitales. En bref, arrêtez de chercher midi à quatorze heures, et, mais c’est peut-être trop demander, faites- moi confiance, croyez en moi et en ce que je vous raconte.

Papa, qu’est ce que tu attends que je te réponde lorsque tu me dis croire que je choisis d’aller mal, de me donner cette apparence, lorsque tu m’affirmes que je ne parais pas avoir tant besoin que ça d’entamer ce parcours ? Comment veux-tu que je te prouve que tu as tort ? Souhaites-tu que je vous fasse quelques mois de dépression, d’autodestruction, pour que mon mal-être paraisse évident ?!
Je suis déjà passé par là. Des périodes où j’ai sombré et où vous n’avez rien vu. J’ai essayé de me détruire, mais il y a toujours eu quelqu’un pour m’arrêter, ou quelqu’un pour qui je ne voulais pas toucher le fond. J’ai choisi de vivre, et d’aimer la vie malgré tout, et tu ne peux pas me blâmer pour ça ; et puis je me suis créé une façade souriante et une armure solide, que je vous dois. Je vis dans une famille où père, mère, frère et sœur ont leurs émotions enfouies sous d’épaisses carapaces, et où je n’ai pas le droit d’avoir de problèmes au risque de m’en créer de nouveaux parce que je vous causerais du souci, parce que vous en avez déjà bien assez et me l’avez fait clairement comprendre, parce que vous finirez par vous engueulez pour me le reprocher ensuite. Ce sont des reproches mais je ne vous en veux pas, je vous ai déjà bien assez haï pour tout cela...

Me voilà quelque peu dépassé par tout ce que j’écris, si bien que j’en perds le fil de mes idées. J’étais censé parler de ma transition et voilà que j’effleure à peine le sujet. Mais il me semble que ce que je pourrais ajouter ne serait que superflu, que je ne ferais que répéter ce que je vous ai déjà dit à l’oral, et je ne vais pas lutter contre la fatigue plus longtemps juste pour le plaisir de pouvoir m’exprimer correctement.


Et depuis, j'ai le sentiment d'avoir été écouté par ma mère, mais que mon père fait la sourde oreille. Il nie être affecté par toute cette histoire ("Je me fous que tu sois une fille ou un garçon...") et j'ai l'impression qu'il a lu en diagonale les livres que je leur ai passé ("De quoi souffrent les transsexuels" notamment) ainsi que tous mes écrits lorsqu'il me sort des reflexions que je juge aberrantes comme par exemple, pourquoi je persiste à porter des tee-shirts compresseurs alors que l'on me considère comme une fille (je ne sais si c'était dans le cadre de mon travail ou dans le cercle familiale). Je ne dis pas que ma mère m'accepte en ouvrant grand les bras, qu'elle est ravie de son nouveau fils Eric, mais il m'est possible avec elle de discuter des mes problèmes personnels, médicaux... Alors que toute communication avec mon père semble vouée à l'échec. C'est en tout cas le constat que je dresse actuellement et j'aimerais passer outre cette impasse avec lui, en espérant que le temps et les faits concrets de ma transition l'aideront à mieux accepter et qu'un jour on pourra se parler...entre père et fils, d'homme à homme...

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Éric tu pars ou là ?!?! Réponds nous stp !

Martine

Carot a dit…

Le titre, entre guillemets, c'est une citation d'une chanson de Sardou dont voici quelques paroles:

"Mes chers parents,
Je pars.
Je vous aime, mais je pars.
Vous n'aurez plus d'enfant,
Ce soir.
Je n'm'enfuis pas. Je vole.
Comprenez bien : je vole.
Sans fumée, sans alcool,
Je vole. Je vole.

...C'est bizarre, cette espèce de cage
Qui me bloque la poitrine.
Ça m'empêche presque de respirer.
Je me demande si, tout à l'heure,
Mes parents se douteront
Que je suis en train de pleurer.
Oh, surtout ne pas se retourner,
Ni des yeux, ni de la tête,
Ne pas regarder derrière,
Seulement voir ce que je me suis promis,
Et pourquoi, et où, et comment."

C'est à prendre dans un sens métaphorique, je ne pars nullement, de toute façon je suis bloqué sur paris pour au moins les 2 prochaines années x_x ...

Alors surtout, ne t'inquiète pas ;o)

Carot a dit…

Euh...amis lecteurs, enfin lecteurs amis, bref ce qui me connaissent dans la vraie vie, petit message: le premier qui met un commentaire désobligeant sur Sardou, je le supprime... (smiley yeux roulants lol)

(il y avait peu de risques mais sait-on jamais)

Anonyme a dit…

Salut Éric ! :o)

Je ne connaissais pas cette chanson de Sardou...ni lui d'ailleurs (sauf que son nom me disait quelque chose) . Je te remercie pour l'explication:))))Tu verras 2 ans ca passe quand meme assez rapidement!:))) Dernièrement tu avais dit que tu t'étais inscrit dans un cours de commis cuisinier...as tu eu des nouvelles pour ton inscription ?

Pour ma part, je m'envole vers la france lundi soir (heure du Québec) j'ai très hâte :) mais j'ai un tas de chose à préparer avant mon départ :)

Oscar a dit…

parfois les gens refusent d'accepter et on n'y peut pas grand chose il faut passer a autre chose et au final on realise que ses parents/famille ne sont pas mieux que le reste de la population et souvent aussi con ( desolé mais je dis tjs se que je pense ;))