16.8.09

Complications

AS (ante-scriptum): je m'excuse par avance du pavé et d'avoir la flemme, pour l'instant, de l'agrémenter d'images qui le rendrait plus attrayant.



Je n'ai pas d'introduction pour raconter ce qui va suivre. Je ne sais pas trop par où commencer. J'ai pensé débuter l'histoire par mon entrée à l'hôpital, mais cela n'a pas de sens. Je ne peux pas faire l'impasse sur les heures ou les jours précédents, je suis même tenté de mettre le commencement de ce chapitre à la fin du précédent, c'est-à-dire à ma sortie du centre chirurgical d'Asnières, le 22 juillet. Non, trop long et inutile. Disons simplement que je n'ai en aucun cas respecté ma convalescence et commis bien des imprudences. J'ai eu des fuites urinaires, des saignements, puis plus rien. Alors j'ai continué.

Une semaine après mon opération, j'étais à la campagne, avec une cousine de ma mère (disons une tante, c'est plus simple), ses deux filles, mon neveu et ma nièce, tous âgés de 14 à 6 ans, et je passais mes journées avec eux. Feu de camps, nuit blanche, piscine, jeux de société, cache-cache dans les champs de maïs... Je me ménageais quelques peu au début, et me sentant en forme je participait de plus en plus à leurs activités... J'évitais de faire du vélo mais je sauta sur l'occasion d'une ballade à cheval... Je prenais le scooter... Bref !

Samedi 1er Août, rien à signaler dans la matinée, quelques longueurs dans la piscine mais aucune activité débordante. En milieu d'après-midi, invité à prendre un café chez les voisins, je demande à aller aux toilettes et je constate quelques saignements. Sitôt rentré à la maison, je mis une serviette hygiénique et retourna à mes occupations. Une heure après, il me fallu changer de serviette. Il y avait toujours dans les placards les vestiges de ma féminité et mes protections contre les cycles mensuels... Je pris le paquet "nuit", dont les serviettes sont sensées tenir 8h. Vers 19h, je commença à avoir des maux de ventres et m'allongea, mais quand l'heure du repas sonna, je pris de l'Efferalgan et rejoins la famille. Je n'ai pas fini mon assiette. De retour aux toilettes, je réalise que j'expulse des caillots de sang. Cela m'était déjà arrivé pendant les règles, alors je me suis dit qu'il ne servait à rien de s'alarmer et de déranger tout le monde, que la nuit portait conseil et que même, si ça se trouve, tout irait mieux demain. J'ai une forte tendance à apaiser et dédramatiser les situations, mais d'habitude cela ne me fait pas occulter les faits inquiétants. Comme devoir changer de serviette (nuit) au bout de 3/4 d'heure. Il me fallait dormir, et oublier, je me suis alors roulé un bon Bob qui me donna quelques vertiges et m'emporta au pays des songes.


Au petit matin, rien n'avait changé. J'ai décidé de prendre un bain et de réfléchir à la solution opportune: appeler S.O.S médecin ou carrément aller aux urgences -un dimanche, au mois d'août-. Je cherchais en m'immergeant un moment de répit car habituellement, pendant mes règles, l'eau arrêtait les saignements. Là il n'en fut rien, et en un battement de cil je me suis retrouvé dans la Mer Rouge, avec des caillots gros comme ma paume de main flottant à mes côtés. Les urgences. Le temps de m'habiller, de passer un coup d'éponge sur le sang qui maculait le sol, le rebord de la baignoire... J'ai trouvé ma tante dans la cuisine et lui ai expliqué la situation. Ni une, ni deux, elle fonça chez la voisine pour demander où m'emmener et comment y aller. Je pris le nécessaire: carte d'identité, carte vitale, paquet de tabac, feuilles OCB.

Sur le trajet en direction de l'hôpital d'Amilly, dans le Loiret, j'ai demandé deux fois à la voiture de s'arrêter pour aller changer de serviette dans un champs, ou derrière un arbre... J'expulsais alors des caillots toutes les 20min. Arrivé à l'hôpital, je cherchai encore les toilettes dans le couloir menant aux urgences. Et ma tante, ayant trouvé les urgences, me chercha pendant que j'étais aux toilettes. Au final, arrivé à l'accueil, j'ai raconté en deux phrases mon malheur: "J'ai eu une hystérectomie il y a plus d'une semaine. Je perds du sang." "-Beaucoup ?" "- Oui." Elle me demanda de contourner le comptoir pour entrer dans une pièce où m'attendait un fauteuil roulant, de là on m'emmena dans une chambre à porte coulissante et je fus allongé sur un brancard. Ma tante me raconta par la suite que les gens qui attendait, assis, à l'accueil des urgences, protestèrent contre ma rapide admission ! Je comprends qu'ils n'aient pas jugé mon cas plus important que le leur, puisque je m'étais présenté manifestement valide, marchant sur mes deux pieds, et sans traumatisme apparent...


Allongé donc, en caleçon, un drap me recouvrant tout le bas du corps, je vis 3 personnes s'activer autour de moi, à vérifier mes constantes vitales (pouls, tension artérielle, fréquence respiratoire, température), me toucher, me palper, me piquer, récolter les premières informations de mon dossier... Puis un médecin m'annonça que je devais subir un examen gynécologique, donc être envoyé à ce service, avant de, ajouta-t-il, peut-être pouvoir rentrer chez moi ! À ce moment là, dans ma tête, je disais "non, mais ça va pas, vous pouvez pas me renvoyer dans cet état !"... Je me sentais, depuis le trajet en voiture, de plus en plus affaibli et mes maux de ventre, violents, revenaient par intermittence. Peut-être disais-t-il cela pour me rassurer, mais ce fut l'effet contraire. Et comment pouvais-t-il avancer une telle chose alors que personne n'avait encore soulevé le drap, personne n'avait constaté la fréquence et la quantité de sang que je perdais !

J'attendis une dizaine de minutes, peut-être plus, avant qu'un brancardier ne m'emmène au service gynéco. Il laissa mon lit dans le couloir, où j'attendis la gynécologue de permanence ce jour là. Mais depuis qu'on m'avait pris en charge, je n'avais pu me changer, mon sang débordait de ma serviette, de mon caleçon, je décidai tout bonnement de l'enlever. La Doctoresse arriva et me donna ma première culotte jetable muni de sa protection (qu'ils appellent pudiquement "garniture") -il y en eu tant d'autres-. L'examen se révéla impossible; elle me demanda si j'avais déjà eu des relations sexuelles avec pénétration vaginale, je répondis par l'affirmative et elle choisi alors un instrument d'une taille moyenne qu'elle tenta d'insérer dans mon vagin afin d'y voir quelque chose... Mais j'ai hurlé de douleur dans la seconde. Elle essaya deux autres tailles et ces tentatives échouèrent également. Finalement, je passa dans une autre salle pour une échographie pelvienne. Elle me demanda si j'avais mangé aujourd'hui. Deux prunes vers 7h, je n'avais mangé rien d'autre, ni bu de la journée, et je compris ce que cela signifiait: il était question de jeûne, et donc d'opération... Sauf qu'on ne savait pas d'où venait les saignements, l'échographie ne rendant pas grand chose, il me fallait un scanner.

À partir de là, je ne quittai plus mon lit et ma journée fut un défilé de plafonds - plafonds de couloir, d'ascenseur, diverses pièces, différents étages -...Pour les étapes essentielles: on me ramena au service des urgences, dans ce que j'appellerais la "salle d'attente des brancards": nous y étions 6 à se croiser, à part moi, que des octogénaires. Une infirmière vint me chercher et m'emmena dans une pièce pour me faire un bilan sanguin (six tubes) et m'installer mon intraveineuse. Puis on m'emmena au scanner. Salle d'attente. Pièce privé pour changer ma "garniture". Salle d'attente. Service gynéco, où le brancardier, le même que la première fois, me fit "j'vous ramène à l'échographie, j'sais pas pourquoi" sans que je ne lui demande rien. Mais c'était encore une autre pièce que la première visité, munie d'un siège gynéco, je retrouva ma doctoresse qui confirma qu'il fallait m'opérer et expliqua que le scanner avait bien révélé les saignements mais que l'on ignorait l'origine, pour compliquer la chose elle ne pouvait chercher des indices dans mon compte-rendu opératoire de l'hystérectomie (j'y reviendrais à la fin), et que là elle allait m'installer une sonde urinaire, et un autre truc dans le vagin mais cela m'arracha des cris de douleurs et elle se résolu à le faire pendant mon anesthésie. Elle me prévient alors que l'opération se ferait par incision abdominale, c'est-à-dire la procédure que je voulais éviter lorsque j'ai choisi l'hystérectomie que la coelioscopie. Mais à ce moment là, tout m'était égal. On me conduisit alors dans la chambre qui allait être mienne pour toute mon hospitalisation. J'étais arrivé à 11 heures aux urgences, il é

tait 16h40 et mon opération était prévu pour 17 heures.

Je n'attendis pas longtemps que l'on vienne me chercher, direction le bloc opératoire...



Mon réveil fut terrible: à la seconde où j'ai ouvert les yeux, j'ai ressenti une douleur fulgurante, au ventre, à la tête, partout, je ne savais pas où, mais j'avais mal, je pleurais, je hurlais. Entre deux convulsions, je ressentais un besoin irrépressible de vomir ou de cracher, et je crachais tant que je pouvais, alors que ma gorge était sèche comme le désert... Mais étant toujours sous les effets de l'anesthésie, le monde extérieur, la salle de réveil, le médecin m'apparaissaient flou, comme dans un rêve. J'ai entendu que l'on m'engueulait pour que j'arrête de cracher, et puis j'ai entendu "cannabis" et l'on m'a demandé si je fumais, je décrocha un oui, "régulièrement ?", la deuxième affirmative fut un effort terrible, entre deux spasmes. J'ai entendu "morphine"... Et puis plus rien.



J'ai repris conscience dans ma chambre, une heure plus tard, peut-être deux. Une infirmière était en train de m'installer une intraveineuse, et je découvris que d'autres tuyaux sortaient de mon corps : la sonde urinaire était reliée à une poche d'urine accrochée à mon lit, de même que la poche qui recueillait le sang évacué par le drain qui me sortait du ventre, en bas à droite. Je constata avec soulagement que j'avais trois pansements, sur les trois cicatrices originelles de ma coelioscopie, et aucune incision abdominale. La docteur m'expliqua par la suite qu'avec la caméra, ils ont pu vérifier que les saignements provenaient exclusivement du vagin, dont les points de sutures avaient sautés, et qu'il n'y avaient aucune autre lésion dans mon ventre donc ils ont pu se passer de me taillader le bide.

Je n'avais plus de douleurs particulières, mais je me sentais toujours extrêmement mal, faible et fiévreux. Et surtout, je mourrais de soif. Il était dimanche soir et je n'avais pas bu depuis la veille et bien que l'intraveineuse était sensé me réhydrater, elle ne pouvait calmer ma gorge en feu. Mais je ne pouvais boire à cause de l'anesthésie, et les infirmières me donnèrent des compresses humidifiées, à passer sur les lèvres, ce qui déjà m'apaisait quelque peu... à peine. J'essayais de sucer, d'aspirer l'eau de ces compresses, mais chaque goutte me donnait la nausée et je vomis de la bile plusieurs fois. Je m'endormis.


Lundi matin, petit déjeuner. Un bol de thé, deux sucres, deux biscottes et du beurre. Je me suis forcé à terminer. Vint le moment de la toilette et ma rencontre avec mes deux infirmières préférées; elles firent passer agréablement un moment extrêmement rabaissant, à la fois gênant et infantilisant: se faire nettoyer comme un bébé à qui l'on change sa couche. Elles discutaient, riaient, plaisantaient et me faisaient parler. La toilette du haut fut une autre histoire. Il me fallait être assis, sur une chaise située juste à côté de mon lit, et me nettoyer à une bassine. Je mis déjà un petit bout de temps à me redresser sur le lit, à bouger mes jambes, à prendre le réflexe de les mouvoir ensembles, et non pas l'une après l'autre au risque de déchirer à nouveau mon vagin. Ensuite j'ai dû m'accrocher en serrant mes bras autour de la taille de l'infirmière - qui sentait fort bon, un parfum agréable et rassurant - pour descendre du lit et faire les deux pas jusqu'à la chaise. M'asseoir me causa quelques vertiges et la sonde urinaire me fit franchement mal. L'autre infirmière m'apporta un coussin gonflable troué au milieu et je pu commencer à me savonner.

Je n'ai plus quitté mon lit de la journée, qui se passa entre lectures, sieste, visites de ma gynéco, des infirmières venant vérifier mes constantes, changer mes intras (-veineuses) ou répondant à mon appel, sieste, visite de la famille, sieste...

J'ai eu beaucoup d'intras: des petites poches, des grandes, des flacons, que cela soit des anti-douleurs ou des médicaments. En milieu d'après-midi, j'ai appris que j'avais perdu tellement de sang que j'avais frôlé la transfusion. J'étais maintenant anémique et fut gratifié à ce titre d'une poche noire, dont le sombre liquide devait s'écouler jusqu'au lendemain. L'infirmière m'a expliqué ce qu'elle contenait exactement, une forte dose de fer et autres éléments nécessaire à la création de l'hémoglobine, je crois,mais je ne me souviens plus vraiment. En règle générale, chacune était soucieuse de m'expliquer la nature et l'objectif des diverses substances que l'on m'administrait, et de tout les soins que l'on me prodiguait. Je n'ai pas retenu grand chose. Le fait qu'elles aient toutes la même version suffisait à m'assurer que tout cela avait un sens, et de toute façon je m'abandonnais totalement entre leurs mains. Et lorsque la douleur m'arrachait un cri, des pleurs, elles cherchaient milles solutions pour m'ôter cette peine, même lorsque je ne le demandais pas expressément. Et à cause de ce traitement, ma tension devait être vérifiée toutes les quinze minutes, si bien que j'étais relié à la machine en permanence, et durant plus de douze heures le brassard du tensiomètre gonflait, comprimant mon bras, ponctuellement à chaque quart d'heure.

L'effet secondaire de ce traitement fut une migraine terrible, à me tordre dans mon lit, et les infirmières désarmé ne pouvait plus m'administrer d'anti-douleurs. Le sommeil était mon seul salut. En début de nuit, je fis pris de nausées et je vomis dans mon lit, n'ayant eu le temps d'appeler l'infirmière de garde. Mais elle arriva à temps pour la deuxième tournée. J'avais toujours mal à la tête. Il me fallu me lever, avec toujours la même difficulté, et me m'asseoir sur la chaise pendant qu'elle refit mon lit. Je fus pris d'une violente crise de larmes qui était surtout un gros craquage.

La nuit se déroula ensuite sans autre incident, dans un sommeil paisible.


Mardi, au réveil, les deux infirmières du matin m'annoncèrent qu'elles allaient, après le petit déjeuner, me libérer de toutes mes entraves. Intraveineuses, sonde urinaire, mèche vaginale, drains, pansements divers. Heureux de cette nouvelle, je redoutais cependant l'enlèvement de la sonde urinaire, qui me gênait à chaque mouvement et avait déjà causé de vives douleurs; j'ignorais qu'elles n'étaient rien en comparaison de ce qu'allait me faire vivre la mèche vaginale.

Si jamais je devenais acteur, et que je devais interpréter une scène d'accouchement emplie de douleurs et de hurlements, je me servirais de cette expérience. Il faut d'abord que j'explique ce qu'est cette mèche: c'est une bande de tissu, large de 3 cm environ, longue comme la distance Terre-Lune (non je n'exagère pas ! à peine...), avec laquelle on bourre le vagin (il n'y a pas d'autre mot) pour éviter les saignements dus à la plaie suturée située au fond, à la manière d'un compresse. Eh bien, après avoir enlevé ma sonde urinaire, ce qui fut juste fort désagréable, il était l'heure d'enlever la compresse. 9h30. Pour cela, une seule solution: tirer sur la mèche.

J'aurais dû me méfier lorsqu'avant de commencer, une infirmière se tint à mes côtés, et me donna la main. Que je broya aussitôt. Celle qui tirait fit le mouvement plus doux, plus lent. La deuxième se mit à verser de l'eau en continu sur mon entrejambe, pour humidifier la mèche. La déchirure que j'avais ressenti se remplaça par une douleur à peine moins intense, toute aussi insupportable. Le problème venait du fait que je ne lubrifiais plus du tout, et le tissu raclait mes parois vaginales. Comme si l'on avait introduit durant mon anesthésie une lime à métaux dans mon vagin et que l'on tentait à présent de la retirer.

Etant en train de souffrir le martyr sur un lit d'hôpital, les jambes écartées, pendant qu'on essayait d'extraire quelque chose de mon vagin, j'avais déjà en tête la comparaison avec un accouchement, et je me disais que c'était pénible, mais qu'il fallait en passer par là, que la fin était proche. À chaque fois que mes cris se transformaient en hurlements, elles arrêtaient leurs manoeuvres, le temps que je me calme, et on recommençaient tous: l'une à arroser, l'autre à tirer, moi à crier. Et tout d'un coup, j'eue encore plus mal. En fait, ce n'était que le début, car voici que venaient les noeuds. Parce qu'il fallait faire des noeuds à cette foutue mèche pour qu'elle remplisse au mieux sa fonction. Et forcément, cela passait encore plus difficilement... 3L d'eau avaient déjà été versé sur mon sexe, et ce n'était que le début... Finalement, elles coupèrent toute la partie de tissu déjà extraite. Il était 10h15. À 10h30, on m'enleva le drain. Douleur, douleur, douleur... C'était le mot phare de cette matinée. J'ai senti distinctement le tuyau traverser mon ventre pour sortir.

À 11h, une infirmière se présenta avec une solution, ou plutôt un palliatif à la douleur: une énorme seringue munie non pas d'une aiguille mais d'un long tuyau, avec laquelle elle injecta de l'eau directement au fond de mon vagin afin d'humidifier la mèche et de rendre moins douloureux son passage. Il me fallu attendre un quart d'heure, le bassin surélevé, les jambes écartées, afin que l'eau imbibe bien le tissu au lieu de s'écouler, puis on recommença. Arroser, tirer, crier... certes moins fort. Et puis rapidement, les bénéfices de cette opération diminuèrent, et la douleur redevint aussi vive.

À 11h45, un médecin arriva, un grand noir que je n'avais jamais vu avant, et que je ne reverrais jamais après. Cette intrusion fut la seule qui me gêna, durant toute cette hospitalisation où nombre de gens passèrent devant mon entrejambe ou y firent quelques soins. Parce que c'était un homme (tous les autres -gynéco, infirmières, aides-soignantes- furent des femmes), entré sans frapper, sans se présenter, au moment où j'étais le plus faible, où je me sentais le plus nu... Mais bon, je n'étais pas en état de manifester une quelconque pudeur, et il avait une solution. On me fit une autre injection vaginale d'eau, cette fois-ci couplé à de la bétadine. Et ce fut un succès.

Il était 12h20 et, putain, j'étais libre. J'étais toujours faible, j'avais encore mal et beaucoup de difficultés à me lever mais mon corps était libéré de tout - tuyaux, compresses...-.


Même si je suis resté à l'hôpital jusqu'à jeudi, c'était la fin de l'hospitalisation tel que je l'entends, lorsque tu es totalement dépendant pour les soins, pour la toilettes, pour manger, boire et pisser...À partir de là vint le temps de la convalescence: les infirmières ne faisaient plus que vérifier l'état de mes constantes vitales, et me donner des ampoules et quelques comprimés -principalement pour soigner mon anémie-, et pour passer prendre de mes nouvelles de manière professionnelle, à chaque relève... Et aussi de façon plus informelle, car quelques unes m'ont prises en affection. Peut-être était-ce parce que j'étais le seul patient masculin du service de gynéco, peut-être quelques unes ont été touchés par ce qu'elles appelaient mon "combat", non pas mon hospitalisation mais l'ensemble du processus de passage de fille à garçon, sur lequel elles m'interrogeaient parfois, avouant être totalement étrangères au sujet... Elles ont senti ma détresse les premiers jours et mon amertume, cette tristesse mêlé de colère, principalement dirigé contre moi-même et ma bêtise; à être ainsi cloué au lit pour n'avoir pas su me ménager, pour n'avoir pas respecté ma convalescence, à cause de cette opération dont je n'avais même pas besoin, médicalement parlant... Peut-être, aussi, étais-je tout simplement un patient aimable.

Ce qui est sûr, c'est que je n'ai pas manqué d'amour ! Que ce soit les visites de la famille, cette carte de mes neveux et petits cousins, avec des pétales de fleurs collées dessus, où tout le petit monde présent à la campagne a signé, y compris les voisins, et ma meilleure amie qui a pris le train de Paris pour me voir 2h, et me montrer les photos de notre séjour à New-York et de son road-trip ! Ainsi que les témoignages d'affection des infirmières et aide-soignantes donc, l'une passant me dire aurevoir et "courage pour la suite" alors même qu'elle ne travaille plus dans ce service ce jour-là, l'autre à ajouter à mon plateau repas une belle tomate mûre, juteuse, de son jardin, qui a été la meilleure chose que j'ai mangé de tout ce séjour (en même temps cela n'est pas difficile de concurrencer la bouffe de l'hosto !)...

Aurélie, qui est passée me voir mardi après-midi, m'a trouvé bien jaune ! Mais le soir même l'infirmière qui passait faire son tour de garde était contente de me voir en bien meilleure forme que la veille, et de fait j'ai vite commencé à me rétablir. Mercredi s'est écoulé tranquillement et je suis sorti jeudi, avec des prescriptions de médicaments et d'analyses à faire à la fin du mois.

Deux jours plus tard, je continuais ma convalescence en Corse, car "quitte à devoir rester allongé autant l'être sur un transat au soleil", et en une semaine j'ai bien repris des forces, sans bien sûr retrouver une forme olympique. Naturellement, j'ai fondu, au niveau des graisses (un peu) et des muscles (beaucoup); j'ai perdu 3 kg, tombant à 47 ! Un coup de vent peut m'emporter !





Convalescence en Corse (la preuve avec mes cachetons sur la langue !)



Je raconte tout cela, dans les détails, d'abord parce que je m'emmerde profondément (ma convalescence m'obligeant à rester inactif) et ensuite, surtout, pour me souvenir et témoigner de ma bêtise, que dis-je, de la profondeur abyssale de mon inconscience, et détourner toute personne voulant faire de même - ne pas respecter un temps de convalescence conséquent après une opération chirurgicale -. Parce que, comme vous pouvez le constater dans le précédent post, tout s'était très bien passé. L'opération, le réveil, l'hospitalisation... Comme sur des roulettes. Des douleurs bénignes, une remise sur pieds rapide... Comparé à ce que j'ai enduré ensuite... C'est trop con.

Maintenant, j'ai quelques reproches, tout de même, à faire au chirurgien qui m'a opéré à Asnières. Un minimum de bon sens m'aurait évité de commettre les erreurs qui m'ont conduites aux urgences, de fermes mises en garde de sa part également. Lorsque l'on a un patient qui tente de se lever dès son retour du bloc opératoire (et qui se lève ! et qui va aux toilettes !), qui dort sur le ventre la première nuit..., bref, un patient turbulent, on le prévient des probables conséquences de ses gestes et de son agitation. Pour ma mammectomie comme pour ma greffe du tympan, il y a 5 ans, j'avais eu, écrit noir sur blanc, les étapes de ma convalescence, à partir de quel moment je pouvais faire telle chose ou reprendre telle activité. Sorti de mon hysté, je n'avais en tête qu'une faible recommandation, celle de garder le repos, un temps indéterminé. Partant à la campagne le surlendemain, j'ai demandé au Docteur si je pouvais aller à la piscine: "Ah non, attendez tout de même 5 à 7 jours." Les infections, tout ça... Au village, et par pur hasard, une voisine et amie de la famille a eu la même opération, deux jours avant moi. Je lui ai demandé si son chirurgien lui avait fixé des interdits, mais non, elle fut également lâché dans la nature, avec un rendez-vous pour la rentrée. Si bien qu'à partir du moment où tout allait bien, où je n'avais plus mal, où je ne saignais plus, je n'ai pas réfléchi plus loin...

Mais ce n'est pas la première chose que je lui dirais à la rentrée. Je lui demanderais d'abord pourquoi ne m'a-t-il pas prévenu que la clinique fermait tout le mois d'août ? À ma sortie de l'hôpital, le Dr a lâché cette phrase usuelle : "Et puis si vous avez le moindre problème, vous m'appelez.". Tout en sachant qu'il serait, ainsi que sa secrétaire, en vacances en août. Ayant été opéré le 21, sorti le 22, je n'avait donc le droit de rencontrer de problème que les 9 premiers jours de ma convalescence. Surtout, ce n'était pas lui seulement qui était en vacances, mais l'ensemble du centre chirurgical d'Asnières. Fermé pour un mois. J'étais aux urgences, les jambes encore écartées sur les etriers, perdant mon sang sous les yeux de la gynéco qui me demandait le nom de mon chirurgien, son numéro -que je n'avais pas-, sa spécialité -que j'ignorais, l'hôpital -je lui ai donné le nom-,... et qui recherchait, à partir de ces informations, à récupérer mon compte-rendu opératoire. Qu'elle ne put obtenir, puisqu'au final, après avoir trouvé un numéro de téléphone, elle se heurta à un répondeur, et un renvoi vers un hôpital, qui traitait les urgences certes mais n'avait aucun accès aux dossiers du centre d'Asnières. Une impasse, du temps perdu, et Dieu sait que j'ai vu le temps s'écouler ce jour là, à la mesure du sang entre mes jambes...

4 commentaires:

Mr. K a dit…

Eh bien !
Quelle épreuve !
Merci beaucoup de ton témoignage, c'est très important pour d'autres.
Je te souhaite de te remettre rapidement, et prends bien soin de toi.

Anonyme a dit…

Quelle épreuve en effet! Bon rétablissement, j'espère que tu vas vite aller mieux. Tu as été irresponsable, mais je te comprends, parce qu'après mon opé il a vraiment fallu me forcer à être calme, tellement je n'avais pas mal...

Par contre, un truc qui m'a fait grincer les dents pendant quasiment tout le post: Le passé simple des verbes du premier groupe à la première personne du singulier se fait en -ai, pas en -a...

ex:Je commençai, pas je commença.

Gabriel a dit…

Salut Eric,
Decidement quelle terrible experience, j'en ai eu des frissons de lire tout ça :(...
j'espere que tu es completement remis depuis...

A bientot et désolé d'etre plutot absent, mais on t'oublie pas de notre île (Belfast)

Gabriel et Ambre

G a dit…

woua ...
merde, t'as pas peur toi, moi après mon hysté j'ai été bien trop flippé pendant 3semaines pour avoir envie de "trop" bouger, et quand j'avais une petite perte ... j'appelais mon médecin de famille directement ...
t'as déjà commencé ton changement d'EC?